Bangkok – Une transition harmonieuse et pragmatique vers une conformité réglementaire totale sera un facteur clé pour assurer la stabilité à long terme de l’écosystème thaïlandais des applications de covoiturage, notamment au moment où le pays entre dans la phase d’application de la réglementation de ces services.
Un séminaire intitulé « Transition vers la conformité réglementaire pour les services de VTC en Thaïlande » s'est récemment tenu au Radisson Suites Bangkok Sukhumvit. Parmi les intervenants figuraient le Dr Sutthikorn Kingkaew, économiste ; le Dr Salilthorn Thongmeensuk, juriste ; des représentants de chauffeurs ; et des représentants de la plateforme de VTC Bolt Thailand. Ils ont débattu de la manière dont les objectifs et réglementations politiques peuvent être mis en œuvre concrètement.
Bien que la Thaïlande ait réalisé des progrès significatifs dans l'élaboration d'un cadre réglementaire pour les services de covoiturage via application, notamment en ce qui concerne les exigences relatives aux conducteurs et aux véhicules relevant du Département des transports terrestres et les exigences relatives aux plateformes relevant de l'Agence de développement des transactions électroniques, les intervenants ont convenu que le prochain défi ne réside pas dans les principes de la réglementation, mais dans la garantie d'une application efficace et pratique.

L'un des principaux points abordés concernait l'écart entre les objectifs de la réglementation et les résultats obtenus. D'après le témoignage des conducteurs, plusieurs obstacles persistent dans le processus d'immatriculation, notamment la complexité des démarches, le coût élevé de l'assurance automobile, les frais liés à la location ou au financement, les difficultés d'obtention des documents requis et les longs délais de traitement pour la vérification des documents et la confirmation d'identité.
Ces obstacles sont importants car les services de VTC via applications mobiles sont devenus une source de revenus et d'activité économique de plus en plus cruciale en Thaïlande. Des études antérieures ont montré que 93 % des chauffeurs ont constaté une amélioration de leur situation financière après leur inscription sur les plateformes, tandis que près d'un tiers d'entre eux gagnent jusqu'à 40 000 bahts par mois. Par ailleurs, le marché thaïlandais des VTC continue d'afficher une forte croissance, le nombre d'utilisateurs devant dépasser les 16 millions d'ici 2030, et le secteur devant générer une valeur économique considérablement accrue.
Les intervenants ont également souligné l'importance de considérer les services de covoiturage via application comme un « marché à deux faces », où le nombre de chauffeurs influe directement sur la disponibilité du service pour les passagers. Si la mise en application de la réglementation est plus rapide que la capacité des chauffeurs et des systèmes de soutien à se préparer, cela pourrait entraîner des conséquences imprévues telles qu'une réduction du nombre de chauffeurs, des temps d'attente plus longs, des tarifs plus élevés aux heures de pointe et une évolution vers des services de transport non réglementés, susceptibles de ne pas offrir les mêmes normes de sécurité et de protection des consommateurs. Ceci met en évidence la nécessité de directives d'application équilibrées et appropriées, qui préservent à la fois les objectifs réglementaires et la stabilité globale du système.

Le Dr Sutthikorn Kingkaew a affirmé que les applications de covoiturage jouent un rôle crucial en tant que système de rabattement des transports publics, notamment dans les zones mal desservies par les transports en commun. Relier les domiciles, les lieux de travail et les pôles de transport améliore non seulement le confort des citoyens, mais aussi l'efficacité économique globale. Si les services de covoiturage ne fonctionnent pas efficacement, les investissements publics dans les transports en commun risquent de ne pas porter leurs fruits.
Il a ajouté que le concept fondamental des applications de covoiturage est celui de l'« économie du partage » : optimiser l'utilisation des ressources existantes. Les voitures ou motos privées, utilisées occasionnellement par leurs propriétaires, peuvent générer des revenus supplémentaires et accroître l'offre de véhicules aux heures de pointe. Par conséquent, le gouvernement devrait envisager des solutions flexibles pour les conducteurs occasionnels, sans leur imposer les mêmes coûts ni les mêmes conditions qu'aux conducteurs à temps plein, afin de garantir une utilisation efficace des ressources et de stimuler la croissance à l'ère du numérique.
Le Dr Sutthikorn a également souligné que si la Thaïlande veut sortir du piège du revenu intermédiaire et éviter une croissance économique lente et prolongée, elle doit moderniser sa réglementation pour rester compétitive face au monde moderne, afin que les lois obsolètes ne deviennent pas des obstacles au développement de l'économie numérique et à la compétitivité nationale.
D'un point de vue juridique, le Dr Salilthorn Thongmeensuk a souligné que de nombreux pays ont établi des catégories juridiques spécifiques pour les services de covoiturage via application, distinctes de celles des taxis traditionnels. Dans des pays comme l'Australie, Singapour et le Royaume-Uni, le cadre réglementaire est axé sur la plateforme, exigeant de celles-ci qu'elles vérifient les conducteurs, collectent les données des trajets et soutiennent les mesures de sécurité. Parallèlement, les gouvernements peuvent toujours suivre efficacement les véhicules du système grâce à l'immatriculation officielle. De nombreux pays ont adopté des approches plus souples, comme l'utilisation d'autocollants au lieu d'un changement complet des plaques d'immatriculation, ce qui peut contribuer à faciliter l'accès au service pour les conducteurs.
Montita Praditphon a constaté que de nombreux chauffeurs sont disposés à respecter la réglementation, mais se heurtent toujours à des obstacles pratiques, notamment des coûts élevés, des démarches administratives fastidieuses et certaines exigences qui ne correspondent pas aux conditions de travail réelles des chauffeurs d'applications, en particulier ceux à temps partiel ou ceux qui utilisent cette activité comme complément de revenu. Si les démarches et les coûts d'accès au système restent trop élevés, certains chauffeurs pourraient choisir de le quitter ou ne pas pouvoir s'y inscrire, ce qui entraînerait une perte de revenus et, dans certains cas, affecterait la principale source de revenus de leur famille, notamment en période de fragilité économique où de nombreuses personnes dépendent de ce type d'emploi pour subvenir à leurs besoins et faire face aux charges financières.
Suphattha Niamwanichkul, responsable des politiques publiques chez Bolt Thaïlande, a déclaré : « Le secteur des VTC en Thaïlande a réalisé des progrès considérables en matière de conformité réglementaire. Toutefois, le défi restant est de rendre le processus plus accessible et pratique pour les chauffeurs. Nombre d’entre eux sont disposés à se conformer à la réglementation, mais restent freinés par les coûts et les contraintes administratives. Par conséquent, une étroite collaboration entre les agences gouvernementales, les plateformes, les compagnies d’assurance, les sociétés de leasing et les chauffeurs est primordiale. »
Bolt a également souligné ses efforts continus pour soutenir les conducteurs à travers diverses initiatives, notamment l'assistance dans les centres de services à guichet unique des bureaux de transport, la facilitation des permis de conduire publics et le travail d'équipe sur l'assurance et le financement pour aider les conducteurs à effectuer plus facilement l'immatriculation des véhicules publics.
Les intervenants ont unanimement convenu qu'une transition réussie vers la conformité réglementaire ne peut être atteinte que grâce à une étroite collaboration entre les autorités de réglementation, les plateformes et les conducteurs. Parmi les facteurs clés d'une transition plus harmonieuse figurent l'amélioration de l'efficacité pratique du processus d'inscription, le développement et la mise en œuvre de systèmes numériques pour soutenir efficacement les conducteurs à l'échelle nationale, et la définition de calendriers de contrôle adaptés à la disponibilité des conducteurs et à la réalité du secteur.
Ce séminaire s'inscrit dans une démarche plus large visant à promouvoir un dialogue politique fondé sur des données probantes concernant l'avenir de l'économie des plateformes en Thaïlande. En créant un espace d'échange de points de vue et d'expériences concrètes entre des acteurs de différents secteurs, il contribue à générer des idées précieuses pour l'élaboration de politiques et soutient le développement stable, inclusif et durable à long terme du secteur des VTC en Thaïlande.
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