BANGKOK — Le 30 décembre 2025, la Thaïlande a procédé à une importante refonte de son Code pénal, élargissant les définitions et alourdissant les sanctions pour harcèlement sexuel. Cette réforme s'inscrit dans une démarche plus globale de lutte contre les violences sexistes et d'adaptation aux réalités modernes, telles que les abus en ligne. Publiés au Journal officiel le 29 décembre et entrés en vigueur le lendemain, ces amendements marquent un tournant décisif dans la manière dont le pays appréhende des comportements longtemps minimisés ou difficiles à poursuivre en vertu de la législation précédente. Cette mise à jour intervient dans un contexte de revendications croissantes, alimentées par des affaires de harcèlement très médiatisées et par une prise de conscience mondiale liée à des mouvements comme #MeToo, qui ont mis en évidence la nécessité de cadres juridiques protégeant les victimes dans les espaces physiques et numériques.
Le Code pénal thaïlandais originel, datant de 1956 et régulièrement mis à jour, s'est historiquement concentré sur les agressions sexuelles et les viols, exigeant souvent la preuve d'un contact direct ou de l'usage de la force pour obtenir une condamnation. Cependant, il laissait une zone grise pour les formes de harcèlement non physiques, telles que les remarques déplacées, le harcèlement obsessionnel ou le cyberharcèlement à connotation sexuelle. Les organisations de défense des droits, notamment les associations de défense des droits des femmes et les Nations Unies, critiquent depuis longtemps ces lacunes, soulignant qu'elles contribuent à la sous-déclaration des faits et à une culture où les victimes se sentent culpabilisées ou délaissées.
Les nouveaux amendements, officiellement désignés sous le nom d'amendement n° 30 au Code pénal, ont fait l'objet de débats parlementaires tout au long de l'année 2025 et s'appuient sur des initiatives antérieures, telles que la proposition de 2024 visant à définir le viol par le consentement. Ils constituent une réponse à la recrudescence des cas de harcèlement en ligne, particulièrement pendant la pandémie, période marquée par une forte augmentation des interactions numériques. Selon un rapport de 2025 de la Commission internationale de juristes, l'accès à la justice pour les victimes de violences sexuelles et sexistes en Thaïlande est entravé par une législation obsolète, ce qui a conduit à des recommandations en faveur de textes plus clairs sur le harcèlement et les abus facilités par les technologies. Sous la pression des militants et des partenaires internationaux, le gouvernement a cherché à aligner la législation thaïlandaise sur les normes internationales tout en prenant en compte les problématiques locales telles que l'exploitation au travail et le harcèlement en ligne.

Ces modifications élargissent la définition du harcèlement sexuel au-delà du simple contact physique. criminaliser explicitement toute une série de comportements qui causent un malaise, une humiliation ou une peurVoici un récapitulatif des principales mises à jour :
1. Définition élargie du harcèlement : Le harcèlement sexuel inclut désormais les remarques verbales, les gestes, le harcèlement (en ligne ou hors ligne) et les commentaires suggestifs diffusés via les plateformes numériques. Par exemple, fixer une personne d’un regard insistant qui la met mal à l’aise, envoyer des messages explicites non sollicités ou suivre une personne de manière répétée sur les réseaux sociaux peuvent constituer des infractions.
2. Redéfinition du viol : Le viol est désormais explicitement défini comme incluant le sexe oral forcé et d'autres actes non consentis, comblant ainsi les lacunes qui permettaient auparavant à certains suspects d'échapper à des accusations graves.
3. Des sanctions plus sévères : les contrevenants risquent jusqu'à cinq ans de prison, des amendes pouvant atteindre 100 000 bahts (environ 2 800 dollars américains), ou les deux, selon la gravité de l'infraction. L’humiliation publique ou le harcèlement en groupe, comme dans les sections de commentaires sur les réseaux sociaux, Les peines sont plus lourdes en raison du préjudice accru. De plus, la loi alourdit les sanctions pour le harcèlement et l'abus d'autorité à caractère sexuel, notamment de la part d'employeurs ou de personnes en position d'autorité.
4. Mettre l'accent sur les actes numériques et non physiques : en clin d'œil à l'ère numérique, La loi traite les infractions en ligne avec la même gravité que les infractions commises en personne.Cela inclut le cyberharcèlement, la diffusion d'images intimes sans consentement (revenge porn) et l'utilisation de la technologie pour surveiller les victimes. Ce phénomène est particulièrement préoccupant en Thaïlande, où l'utilisation des réseaux sociaux est parmi les plus élevées d'Asie du Sud-Est et où les signalements de harcèlement en ligne ont explosé ces dernières années.
Ces modifications visent à renforcer les droits des victimes en leur faisant reposer non plus sur la preuve d'un préjudice physique, mais sur celle d'un impact émotionnel ou psychologique. Les juristes soulignent que, si l'application de la loi dépendra de la formation des forces de l'ordre et de l'interprétation judiciaire, elle offre néanmoins des outils plus précis aux procureurs et pourrait encourager davantage de signalements.

Ces amendements sont perçus comme une victoire pour les défenseurs de l'égalité des sexes, car ils pourraient dissuader les harceleurs au quotidien et permettre de responsabiliser les personnalités publiques. Cependant, des défis persistent : la culpabilisation des victimes reste ancrée dans la culture thaïlandaise, et les zones rurales peuvent manquer de ressources pour les enquêtes numériques. Le gouvernement s'est engagé à mener des campagnes de sensibilisation et à former les forces de l'ordre, mais les critiques craignent une application sélective, voire un usage abusif de la loi dans le cadre de conflits privés.
Dans un pays où les plaintes pour harcèlement sexuel ont toujours été peu nombreuses en raison de la stigmatisation et de la faiblesse des protections, cette loi pourrait engendrer un changement culturel. Elle s'inscrit également dans les tendances régionales, puisque des pays voisins comme Singapour et les Philippines ont renforcé des législations similaires.
Quelques heures seulement après l'entrée en vigueur de la loi, une affaire a immédiatement mis en lumière son actualité. Yossuda « Jinny » Leelapanyalert, influenceuse de renom sur les réseaux sociaux et fille de la femme politique chevronnée Khunying Sudarat Keyuraphan, a annoncé son intention de poursuivre l'acteur et chanteur Pakorn « Dome » Lam pour harcèlement sexuel. Jinny est responsable marketing dans le secteur de la mode et du luxe ; elle bénéficie d'une forte présence en ligne (plus de 50 000 abonnés sur Instagram) et fait des apparitions médiatiques occasionnelles liées aux activités politiques de sa famille.
L'incident a débuté par un commentaire suggestif laissé par Lam sur un portrait de Jinny publié par une autre influenceuse. Ce commentaire, formulé en termes sexuellement explicites, a suscité une vive indignation. Lam s'est ensuite excusée, prétextant l'alcool et affirmant qu'il s'agissait d'une plaisanterie. Cependant, Jinny et sa mère ont condamné ce commentaire, le jugeant inacceptable et soulignant que la loi, entrée en vigueur prochainement, facilitait les poursuites judiciaires. Fille d'une figure importante du parti Thai Sang Thai, la décision de Jinny de porter plainte a attiré l'attention nationale. Les internautes l'ont félicitée pour son courage et pour avoir, involontairement, contribué à la mise en place de ces nouvelles protections.
Cette application rapide démontre le potentiel de cette loi pour responsabiliser les célébrités et encourager d'autres personnes à témoigner.

Photos : Photos d'illustration de la police thaïlandaise et des commissariats.
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