Bangkok, Thaïlande – 10 décembre 2025 – Dans un revirement spectaculaire et sans précédent lors des 33èmes Jeux d'Asie du Sud-Est (SEA Games), le Cambodge a retiré l'intégralité de sa délégation de 137 athlètes et officiels, un jour seulement après la cérémonie d'ouverture, invoquant de graves problèmes de sécurité liés à la reprise des affrontements meurtriers le long de sa frontière avec le pays hôte, la Thaïlande.
La décision, annoncée mercredi matin, marque une nette escalade des tensions entre les deux voisins d'Asie du Sud-Est, dont le différend territorial latent a souvent dégénéré en violence. Le Comité national olympique cambodgien (NOCC) a confirmé le retrait des athlètes dans une lettre officielle adressée à Chaiyapak Siriwat, directeur général de la Fédération des Jeux d'Asie du Sud-Est, soulignant l'urgence de la situation et les appels à l'aide des familles des athlètes.

« J’ai le regret de vous informer qu’en raison des vives inquiétudes et des demandes des familles de nos athlètes souhaitant le retour immédiat de leurs proches, le Comité olympique et paralympique national (NOCC) est contraint de retirer toute sa délégation et d’organiser leur rapatriement rapide au Cambodge pour des raisons de sécurité », a écrit le secrétaire général du NOCC, S.E. Vath Chamroeun, dans sa lettre. Il a ajouté que cette décision n’avait pas été prise à la légère, saluant « l’hospitalité, la chaleur et l’esprit sportif » des organisateurs thaïlandais, mais insistant sur la nécessité absolue de privilégier la sécurité.
La délégation cambodgienne, qui avait fièrement défilé mardi au stade national Rajamangala de Bangkok lors de la cérémonie d'ouverture haute en couleurs, brandissant son drapeau national aux côtés des athlètes de dix autres nations, quittera la Thaïlande jeudi pour Phnom Penh. L'équipe devait participer à douze disciplines, dont le volley-ball et l'athlétisme, mais ce retrait prive ces épreuves de toute représentation cambodgienne.
Ce retrait total fait suite à un premier retrait partiel fin novembre, lorsque le Cambodge avait annoncé son forfait pour huit disciplines, dont le football, la lutte, le judo, le karaté et la pétanque, en raison de « graves problèmes de sécurité ». À l'époque, les autorités avaient évoqué des difficultés à assurer la protection des athlètes et du personnel, sans toutefois établir de lien direct avec le différend frontalier. Cette première réduction avait ramené la délégation prévue de plus de 300 athlètes à 137, qui se sont finalement rendus en Thaïlande.

La crise trouve son origine dans un différend frontalier centenaire, remontant à des cartes datant de l'époque coloniale française, et centré sur la propriété d'anciens temples khmers tels que Preah Vihear et Ta Moan. Les deux pays revendiquent leur souveraineté sur des zones frontalières dispersées, ce qui donne lieu à des escarmouches sporadiques. Les tensions se sont ravivées de façon spectaculaire en début de semaine.
Les affrontements ont fait au moins 14 morts et 88 blessés, tandis que plus de 500 000 civils, principalement des agriculteurs et des villageois, ont fui leurs foyers dans un exode massif qui a submergé les efforts de secours dans les deux pays. Le Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, a accusé les troupes cambodgiennes d'avoir déclenché les violences en posant de nouvelles mines antipersonnel, qui ont grièvement blessé un soldat thaïlandais le mois dernier et ont incité Bangkok à suspendre, à compter de juillet, un fragile accord de paix négocié par les États-Unis. Les dirigeants cambodgiens, quant à eux, dénoncent une « agression » thaïlandaise et ont appelé à une médiation internationale.
« C’est le deuxième incident majeur de l’année, et il est navrant qu’il vienne ternir une célébration de l’unité régionale comme les Jeux d’Asie du Sud-Est », a déclaré un porte-parole du Comité international olympique (CIO), qui supervise l’événement par l’intermédiaire de la Fédération des Jeux d’Asie du Sud-Est. Les Jeux, qui se déroulent jusqu’au 20 décembre sur plusieurs sites thaïlandais, réunissent plus de 6 000 athlètes participant à 40 disciplines sportives. Avec le retrait du Cambodge, il ne reste plus que 10 nations participantes, ce qui pourrait faciliter la victoire de la Thaïlande, une puissance sportive historique en quête de son premier titre mondial depuis 1959.
Le Cambodge, qui a accueilli les Jeux d'Asie du Sud-Est de 2023 à Phnom Penh et s'est classé quatrième avec 81 médailles d'or, voyait dans l'édition 2025 l'occasion de consolider ce succès malgré la crise sanitaire. Les responsables du Comité national olympique cambodgien (NOCC) ont exprimé leur déception, tout en soulignant les efforts des athlètes en matière de préparation et l'accueil chaleureux qui leur a été réservé à Bangkok. « Notre priorité est désormais de ramener tout le monde sain et sauf chez soi », a déclaré Chamroeun aux journalistes. « Le sport devrait nous unir, et non nous diviser. »
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