Bangkok, Thaïlande-
Le paysage politique thaïlandais a été bouleversé le 18 juin 2025, lorsque le parti Bhumjaithai, deuxième partenaire du gouvernement de coalition du Premier ministre Paetongtarn Shinawatra, a annoncé son retrait, citant une conversation téléphonique divulguée entre le Premier ministre thaïlandais et l'ancien dirigeant influent du Cambodge, Hun Sen.
Cette décision, qui a vu les huit ministres du cabinet Bhumjaithai présenter leur démission le 19 juin, a plongé le gouvernement de Paetongtarn dans une crise, affaiblissant la majorité parlementaire de sa coalition et intensifiant la surveillance publique et politique de son leadership. La controverse, centrée sur un appel téléphonique du 15 juin, a suscité des débats sur la souveraineté nationale, les relations militaires et la conduite diplomatique, tout en révélant des tensions sous-jacentes au sein de la coalition.

Le parti Bhumjaithai, qui détient 69 sièges à la Chambre des représentants thaïlandaise, a annoncé mercredi soir son départ de la coalition, portant un coup dur au gouvernement de Paetongtarn. Dans son communiqué, le parti a qualifié la conversation téléphonique divulguée de « goutte d'eau », accusant le Premier ministre d'une conduite portant atteinte à la souveraineté, à l'intégrité territoriale et à la dignité nationale de la Thaïlande.

L'agence de presse thaïlandaise (TNA) a rapporté que le comité exécutif de Bhumjaithai avait voté à l'unanimité son retrait, mené par le chef du parti, Anutin Charnvirakul, également vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur. Ces démissions laissent la coalition de Paetongtarn avec une faible majorité, ce qui soulève des questions quant à sa stabilité et à sa capacité à gouverner efficacement.

Ce retrait n'était pas totalement inattendu. Les tensions entre Bhumjaithai et le parti Pheu Thai de Paetongtarn couvaient, notamment au sujet du contrôle du puissant ministère de l'Intérieur. Des rapports indiquent que le Pheu Thai cherchait à récupérer le ministère, offrant à Bhumjaithai deux portefeuilles alternatifs : celui de ministre de la Santé et celui de ministre rattaché au cabinet du Premier ministre.

Bhumjaithai a rejeté la proposition, Anutin affirmant fermement que le parti n'accepterait aucune condition n'incluant pas une réaffectation complète des ministères entre tous les partenaires de la coalition. Des sources au sein de Bhumjaithai ont révélé que les ministres avaient déjà commencé à vider leurs bureaux en prévision d'un remaniement ministériel qui n'aurait pas respecté les accords antérieurs, suggérant que la controverse téléphonique offrait un prétexte commode pour un départ déjà en cours.

Au cœur de la crise se trouve une conversation téléphonique de 17 minutes, datant du 15 juin 2025, entre le Premier ministre Paetongtarn Shinawatra et Hun Sen, ancien Premier ministre cambodgien et actuel président du Sénat. L'enregistrement, dont l'authenticité a été confirmée par les deux dirigeants, montre Paetongtarn s'adressant à Hun Sen en l'appelant « oncle » et évoquant un conflit frontalier tendu entre la Thaïlande et le Cambodge. Dans cet extrait de neuf minutes rendu public, Paetongtarn exhorte Hun Sen à ne pas tenir compte de « la partie adverse », faisant spécifiquement référence au lieutenant-général Boonsin Padklang, commandant de la 2e région militaire thaïlandaise, qui supervise la frontière nord-est. Elle décrit le général comme un « opposant » dont les déclarations publiques – notamment son affirmation selon laquelle la Thaïlande était « prête à se battre » – sont néfastes pour la nation et pourraient aggraver les tensions.

Le conflit frontalier, impliquant des zones telles que le Triangle d'Émeraude (Mom Bei), les temples de Ta Moan Thom, Ta Moan Tauch et Ta Krabei, est un problème de longue date entre la Thaïlande et le Cambodge. Les récentes escalades, notamment les mobilisations de troupes des deux côtés à la suite d’un affrontement le 28 mai 2025, ont accru les tensions, comme nous l’avons signalé ici.
Dans l'appel divulgué, Paetongtarn a exprimé son désir de paix et affirmé subir des pressions intérieures, une position que beaucoup en Thaïlande ont interprétée comme une atteinte à l'armée et une atteinte aux intérêts nationaux. Hun Sen, pour sa part, a critiqué l'armée thaïlandaise, affirmant que le Cambodge avait accédé aux demandes thaïlandaises de redéploiement de troupes uniquement pour que la Thaïlande restreigne unilatéralement l'accès à la frontière. Il a également affirmé que le gouvernement de Paetongtarn était « incapable de contrôler son armée comme notre pays le fait », une déclaration qui a encore attisé les sentiments nationalistes en Thaïlande.

Hun Sen a admis avoir enregistré la conversation et l'avoir partagée avec environ 80 responsables cambodgiens. Il a proposé de publier l'enregistrement non édité si la Thaïlande le demandait, une démarche que Paetongtarn a condamnée comme un abus de confiance. Lors d'une conférence de presse urgente le 18 juin, Paetongtarn a défendu ses propos, expliquant que qualifier Hun Sen d'« oncle » était une tactique diplomatique reflétant leur relation personnelle, compte tenu des liens de longue date entre Hun Sen et son père, l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra.
Elle a insisté sur le fait que la conversation était privée et visait à apaiser les tensions frontalières, et non à créer un conflit avec l'armée thaïlandaise. Cependant, ses éclaircissements n'ont guère apaisé l'indignation publique : des groupes d'opposition et des utilisateurs des réseaux sociaux ont appelé à sa démission, certains spéculant même sur le risque d'un coup d'État militaire.

La réaction du public a été intense, la fuite audio étant devenue virale et alimentant les critiques concernant l'inexpérience diplomatique de Paetongtarn. À 38 ans, elle est la plus jeune Première ministre de Thaïlande et occupe ce poste depuis moins d'un an, après la destitution de son prédécesseur ordonnée par un tribunal. Ses détracteurs affirment que ses propos lors de l'appel ont porté atteinte à l'autorité de l'armée et à la position de négociation de la Thaïlande dans le conflit frontalier. Le lieutenant-général Boonsin, visé par ses propos, a réagi avec diplomatie, affirmant que Paetongtarn avait clarifié ses intentions et qu'il restait concentré sur ses fonctions. L'armée royale thaïlandaise a également exprimé son soutien à Boonsin, soulignant encore davantage les tensions entre civils et militaires.

Si la fuite de l'appel téléphonique était la raison invoquée pour le départ de Bhumjaithai, les analystes suggèrent que cette décision était également motivée par des calculs stratégiques. Le parti est sous la pression d'une enquête de la Commission électorale sur des fraudes présumées au Sénat, qui pourraient entraîner une crise constitutionnelle si les poursuites sont engagées. Anutin a nié ces allégations, insistant sur le respect par le parti des directives légales.
De plus, l'insistance de Bhumjaithai à conserver le ministère de l'Intérieur reflète sa volonté de conserver son influence sur la gouvernance locale et les réseaux clientélistes, source essentielle du pouvoir politique. Le remaniement ministériel proposé, qui menaçait de priver Bhumjaithai de ce portefeuille, a été un point de discorde, le parti ayant signalé sa volonté de rejoindre l'opposition dès le 17 juin.

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